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GUIDE

Quelle nuance pour l'eau de mer ?

L'eau de mer élimine la plupart des inox du catalogue. Les nuances qui restent se départagent sur des critères que le PREN ne contient pas — et sur une question qu'on oublie souvent de poser : le circuit est-il en écoulement ou à l'arrêt ?

Pourquoi les inox courants échouent

L'ion chlorure perce localement le film passif et amorce une piqûre, qui progresse en profondeur sans dégrader la surface autour. En eau de mer, la concentration en chlorures est de l'ordre de 19 000 ppm — deux ordres de grandeur au-dessus du seuil d'un 304L.

Le seuil d'environ 40 de PREN pour l'eau de mer est un repère d'ingénierie largement retenu, pas une valeur normative. Il sert à écarter des candidats. Il ne suffit pas à en valider un.

Les trois questions à poser avant la nuance

Quelle température ? L'agressivité de l'eau de mer croît fortement avec la température. Une eau à 15 °C et la même à 40 °C ne posent pas le même problème, à nuance identique. Sur un condenseur, c'est la température de sortie qui dimensionne, pas celle d'entrée.

Quelle vitesse d'écoulement ? Elle joue dans les deux sens. Trop faible ou nulle, elle laisse les dépôts se former et la corrosion caverneuse s'installer sous eux. Trop élevée, elle érode le film protecteur — c'est la limite propre aux cupronickels, de l'ordre de 2,5 m/s pour le 90/10.

Y a-t-il des arrêts prolongés ? C'est la question la plus souvent oubliée et la plus décisive. Un circuit en eau de mer laissé plein à l'arrêt est bien plus agressif qu'en fonctionnement : les dépôts sédimentent, l'oxygène se consomme localement, et la corrosion caverneuse démarre sous les dépôts. Beaucoup de sinistres en eau de mer surviennent pendant les arrêts, pas en service.

Les quatre voies

Super duplex 2507 — PREN 42,5, et une limite d'élasticité qui permet de réduire les épaisseurs : argument décisif en offshore, où le poids embarqué se paie deux fois. En contrepartie, un soudage à procédure qualifiée obligatoire et une limite à 300 °C. Indice de coût 260.

Super austénitique 254 SMO — PREN 44, se soude et se forme comme un austénitique, sans équilibre de phases à surveiller, et sans la limite de température des duplex. Sa limite d'élasticité reste celle d'un austénitique, donc pas de réduction d'épaisseur. Indice de coût 420. ⚠️ Le métal d'apport doit être surallié : un apport de même composition que le métal de base donne un cordon appauvri en molybdène, de PREN très inférieur — la corrosion s'amorce exactement là où l'on croyait avoir mis la meilleure nuance.

Titane grade 2 — Pas de PREN, parce que la formule ne s'applique pas : le titane forme un oxyde que les chlorures ne percent pas. Immunité pratique, sans limite de vitesse, et une densité de 4,51 qui allège fortement les gros faisceaux. En contrepartie, un soudage sous protection gazeuse stricte — endroit, envers et zone refroidissante — et aucune tenue aux acides réducteurs. Indice de coût 550.

Cupronickels 90/10 et 70/30 — Seule voie à posséder un effet antifouling : le cuivre empêche la fixation des organismes marins. Un condenseur en cupronickel garde son rendement là où un faisceau inox ou titane se colonise et impose des nettoyages. En contrepartie, une limite de vitesse d'écoulement, une sensibilité aux sulfures, et une incompatibilité totale avec l'ammoniaque. Indices 210 et 290.

Tableau de décision

Nuances pour eau de mer, tableau de décision
Critère 2507 254 SMO Titane Gr 2 CuNi 90/10 CuNi 70/30
PREN 42,5 44 ne s'applique pas ne s'applique pas ne s'applique pas
Résistance mécanique très élevée moyenne moyenne faible faible
Vitesse élevée oui oui oui non, ~2,5 m/s mieux
Eau de mer chaude avec réserve oui oui avec réserve oui
Antifouling non non non oui oui
Soudage procédure duplex apport surallié protection stricte
Indice de coût 260 420 550 210 290

Ce que la nuance ne réglera pas

La corrosion caverneuse dépend davantage de la conception que du matériau. Un interstice de bride, une zone morte hydraulique, un point bas non purgeable, un dépôt non éliminé : chacun crée un milieu confiné où la chimie locale diverge de celle du circuit. La meilleure nuance mal assemblée se caverne.

De même, l'accouplement de matériaux différents sur un même circuit d'eau de mer crée des piles galvaniques. Un raccordement titane sur acier, cupronickel sur inox, se traite par isolation ou par conception, jamais par ignorance.

Ces points relèvent du bureau d'études. Le rôle de ce guide s'arrête à écarter les nuances qui ne peuvent pas convenir et à nommer celles qui le peuvent.

Questions fréquentes

Le 316L tient-il l'eau de mer sur une courte durée ?
Non, pas de façon prévisible. Il peut tenir quelques semaines comme se percer en quelques jours selon la température et la stagnation. Ce n'est pas un compromis, c'est un pari.
Peut-on mélanger cupronickel et inox sur un même circuit ?
Techniquement oui, avec des précautions d'isolation galvanique et de sens d'écoulement. C'est une décision de conception, pas d'achat.
Titane ou 254 SMO pour un condenseur marin ?
Le titane si l'eau est chaude, chargée, ou si la masse compte. Le 254 SMO si l'atelier n'a pas de procédure titane qualifiée ou si le raccordement à une tuyauterie acier doit rester simple.